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Regards sur les Pays Bas

10 juin 2022

Cette rubrique est composée de deux parties : une note rédigée par Enerdata et le Trilemme de l’énergie des pays Bas, issu des travaux du Conseil Mondial de l’Énergie.

Politiques énergétiques

Les Pays-Bas ont pour objectif de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 49 % en 2030 par rapport au niveau de 1990. Cependant, l’Agence néerlandaise de l’environnement (PBL) estime que les émissions de GES du pays ne devraient baisser que de 38 à 48 % en 2030 en prenant compte des politiques adoptées ou proposées. Dès lors, les Pays-Bas devront mettre en place des mesures supplémentaires pour atteindre leurs objectifs climatiques. La nouvelle coalition gouverne- mentale, arrivée au pouvoir début 2022, envisage de porter cette cible à 55 % en 2030. Pour ce faire, elle envisage d’investir plus de 25 Md€ d’ici à 2030, notamment dans les infrastructures énergétiques, et d’introduire un prix plancher pour les quotas d’émissions dans le cadre du système européen (EU ETS).

Le pays vise une part de renouvelables dans sa consommation finale de 27 % en 2030. Pour réaliser cet objectif, les Pays-Bas ont lancé en 2020 le programme SDE++, doté de 30 Md€. Il vise à soutenir les projets renouvelables dans les domaines de l’électricité, du gaz et de la chaleur, l’utilisation de la chaleur résiduelle et les pompes à chaleur, l’électrification des processus thermiques dans l’industrie et la production d’hydrogène, ainsi que le captage et le stockage du carbone pour les processus industriels, y compris pour la production d’hydrogène et l’incinération des déchets. Enfin, le pays a transposé en 2021 la directive européenne sur les énergies renouvelables (RED II), qui impose aux fournisseurs de carburant d’atteindre une part de 14 % d’énergies renouvelables dans le secteur des transports d’ici à 2030.

Cependant, l’invasion russe de l’Ukraine et ses conséquences sur les marchés énergétiques sont venues perturber cet agenda. Alors que le pays envisageait initialement d’arrêter la production du champ gazier de Groningue dès 2022, le gouvernement a décidé de le maintenir en opération au moins jusqu’en septembre 2023. La production devrait s’établir à 2,8 Gm3 entre octobre 2022 et septembre 2023, contre 4,5 Gm3 entre octobre 2021 et septembre 2022. L’arrêt pourrait être reporté à octobre 2023 ou 2024, en fonction du contexte géopolitique. Par ailleurs, bien que le gouvernement ait adopté un plan visant à limiter la production d’électricité à partir de charbon en 2021, les restrictions ont été levées en juin 2022 afin d’économiser du gaz pour pouvoir remplir les installations de stockage en préparation de l’hiver 2022. Les Pays-Bas entendent néanmoins sortir du charbon à partir de 2030.

Situation énergétique

La consommation d’énergie par habitant, qui a atteint 4 tep en 2021, est supérieure d’environ un quart à la moyenne de l’Union européenne (UE), principalement en raison de l’importance des industries du raffinage et de la pétrochimie. La consommation d’électricité par habitant, qui s’établit à 6 500 kWh, est 20 % plus élevée que la moyenne de l’UE. Depuis 2017, la consommation totale d’énergie à climat normal a diminué de 1,6 %/an pour atteindre 70 Mtep en 2021, après avoir augmenté de 1,4 %/an sur la période 2015-2017. Le gaz naturel compte pour 43 % du mix énergétique du pays en 2021 (contre 49 % en 2010), suivi par le pétrole (35 %).

 Figure 1. Consommation totale d'énergie

Consommation totale d'énergie - Pays bas

Source : Enerdata, Global Energy & CO2 Data

 

Figure 2. Production de gaz naturel

Production de gaz naturel

Source : Enerdata, Global Energy & CO2 Data

Les Pays-Bas disposent d’importantes réserves de gaz naturel, estimées à 102 Gm3. Bien que la production de gaz ait chuté de 75 % entre 2013 et 2021, passant de 87 Gm3 à 22 Gm3 en 2021, le pays demeure néanmoins le troisième producteur européen, derrière la Norvège et le Royaume- Uni. Du fait de la baisse de la production, les importations de gaz ont été multipliées par 2,4 entre 2011 et 2021 pour s’établir à 57 Gm3. Les exportations gazières ont atteint 43 Gm3 en 2021.

La production d’électricité a chuté de 3 % en 2021 à 120 TWh, après avoir augmenté en moyenne de 2,8 % entre 2013 et 2020. Le pays substitue le gaz au charbon : la part du charbon a diminué de 38 % en 2015 à 8 % en 2020 (- 30 points), tandis que la part du gaz a progressé de 42 % en 2015 à 59 % en 2020 (+ 17 points). Enfin, la part des énergies renouvelables a augmenté de 7 points en 2021 pour atteindre 32 % (dont 14 % pour l’éolien, 9 % pour la biomasse et 9 % pour le solaire). La capacité installée a atteint 43 GW à la fin 2021, avec 14 GW de solaire, 13,5 GW de gaz, 7,8 GW d’éolien (dont 2,5 GW offshore), 5,6 GW de charbon et 0,5 GW de nucléaire.

Perspectives énergétiques

Le pays envisage de devenir un hub européen pour les échanges gaziers, en développant ses infrastructures d’importation de gaz naturel liquéfié, ses gazoducs et ses installations gazières. Au cours du premier semestre 2022, le groupe gazier public Gasunie a ainsi loué deux terminaux flottants d’importation de gaz naturel liquéfié (FSRU), dotés d’une capacité totale de 8 Gm3 par an. Ces deux FSRU doivent être installés au port d’Ems d’ici la fin de l’année.

Dans le domaine électrique, les Pays-Bas prévoient de développer l’éolien offshore. Le gouvernement envisage en effet de développer 22,2 GW de nouveaux projets d’ici à 2030. Trois sites ont déjà été sélectionnés pour y construire 10,7 GW d’éoliennes en mer. Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité TenneT prévoit de lancer un appel d’offres destiné à construire des connexions mer-terre pour des projets éoliens avec une capacité totale de 40 GW, dont la moitié sont situés dans la mer du Nord néerlandaise.

Le pays mise également sur le nucléaire et l’hydrogène. La nouvelle coalition gouvernementale s’est engagée en faveur du nucléaire. L’exploitant EPZ a l’intention de prolonger la durée de vie de sa centrale nucléaire de Borssele (485 MW) et envisage de construire deux autres réacteurs nucléaires sur le même site. La construction d’un nouveau réacteur nécessiterait un investissement de 8 à 10 Md€ et prendrait 8 ans. Par ailleurs, en juillet 2022, Shell a pris la décision finale d’investissement pour construire le projet Hydrogen Holland I de 200 MW. Il comprendra un électrolyseur qui pourra produire jusqu’à 6 000 kg/j d’hydrogène renouvelable alimenté par le parc éolien offshore Hollandse Kust (nord) de 700 MW, dont Shell est copropriétaire. La mise en service du projet est prévue pour 2025.


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